Le travail dominical comme moyen de relancer l’économie ?

Ce vendredi 28 mai, Elisabeth Borne a annoncé qu’une soixantaine de préfets a pris des dérogations pour renforcer l’ouverture des commerces, dans l’objectif de booster le chiffre d’affaires de ces derniers impacté par les fermetures administratives. Cependant, l’efficacité économique de l’activité dominical reste difficilement évaluable.

Une soixantaine de départements a pris des dérogations pour permettre l’ouverture des commerces le dimanche, a indiqué vendredi 28 mai dernier la ministre du Travail Elisabeth Borne. L’objectif étant de laisser aux commerces la possibilité de compenser la réduction d’activité liées aux fermetures administratives. Mais travail dominical permet-il de relancer l’économie des commerces ?

Doper la consommation dominicale

Autoriser les magasins à ouvrir leurs portes le dimanche présentent des avantages. Ce travail dominical est tout d’abord un moyen de maitriser le flux de population en étalant les visites des clients sur un jour de plus. L’ouverture du dimanche permettrait également aux commerçants d’écouler leurs stocks accumulés depuis plusieurs mois.

Suite à un confinement, le travail le dimanche peut produire un « contre-choc d’activité » et ainsi doper la consommation. « C’est une nécessité, d’autant plus que les commerçants subissent de plein fouet la concurrence du e-commerce, accélérée dans la période de confinement. Une concurrence qui fait planer le risque d’une désaffection des consommateurs pour le commerce physique », indique l’Observatoire du travail le dimanche.

Certains commerces ouverts le dimanche ont vu leur fréquentation augmenter. Le directeur des Galeries Lafayette du boulevard Haussmann Alexandre Liot en témoigne : « le dimanche est depuis quelque temps le 2e ou 3e jour d’activité du magasin »

Une rentabilité pas encore démontrée

La tendance portant vers la généralisation du travail du dimanche pose la question de l’intérêt économique pour les commerces. Selon l’économiste Pierre Rondeau, qui s’appuie sur une étude de la CCI Ile-de-France, « la rentabilité a été difficile à trouver pour les indépendants. Autoriser l’ouverture le dimanche ne permettra pas une augmentation des ventes mais un simple effet de substitution. Ce qu’on achète le dimanche, on ne l’achètera pas la semaine, ou inversement. Le tout se traduira donc par un jeu à somme nulle ».

L’ouverture dominicale rabat aussi les cartes vis-à-vis de la concurrence. Point de vue que développe le sociologue Laurent Lesnard. « L’intérêt financier pour ces commerces n’est valide que s’ils prennent à leurs concurrents (fermés) des parts de marché et que le coût de l’ouverture est inférieur au bénéfice engrangé ce jour-là. Au final, si tous les commerces ouvrent le dimanche, il n’y a plus d’avantage concurrentiel et il y a de fortes chances pour que le coût supplémentaire d’ouverture soit supporté par les salariés et les consommateurs », estime-t-il.