Castorama généralise le travail dominical par référendum

La période de crise sanitaire, et ses confinements successifs, a suscité l’engouement des français pour le bricolage. Castorama, entre autres, a décidé de surfer sur la vague en banalisant le travail dominical permanent, qui était jusque-là limité à la région parisienne. Pour ce faire, elle vient d’organiser un référendum d’entreprise dans le but de faire valider par ses salariés sa proposition de travail dominical généralisé. Une initiative qui ne passe pas chez les syndicats, levés à l’unisson contre cette ouverture dominicale permanente des magasins de province. 

Confinés chez eux, les français ont bricolé comme jamais : le marché a fait un bond en 2020 de 13% en valeur, pour atteindre 31 milliards d’euros. Les grandes enseignes du secteur ont profité du phénomène pour généraliser le travail dominical permanent, sur la base du volontariat, alors qu’il était circonscrit, par un accord de branche de 2014, à la région parisienne. Au printemps dernier, les 64 magasins Castorama de province levaient leurs rideaux le dimanche.

Pourtant, cette banalisation du travail dominical de l’enseigne piétine l’accord d’entreprise signé en 2014 pour une durée illimitée. Faute d’accord majoritaire pour généraliser le travail le dimanche, Castorama vient d’organiser un référendum d’entreprise. Les syndicats s’insurgent et rejettent en bloc cette démarche.

Un recours aux votes des salariés :

Du 16 au 22 septembre dernier, Castorama a donc organisé un référendum d’entreprise pour contourner le véto syndical et tenter de faire valider, directement par les salariés, ses propositions de contreparties au travail dominical généralisé. Durant ces 6 jours, l’enseigne a communiqué et organisé des réunions d’information obligatoires dans chaque magasin afin de présenter ses arguments en faveur du travail dominical.

Le premier concerne le salaire. Avec ce référendum, les salariés de Castorama verront leur majoration du travail dominical portée à 155%. Soit pour un vendeur, payé sur la base de 1600 euros bruts par mois, 114,46 euros en plus sur la fiche de paye, pour sept heures dans les rayons le dimanche. Deuxièmement, la signature de l’accord engage l’enseigne à pérenniser 250 contrats en CDI, dans ses 64 magasins de province. Le 23 septembre, le résultat tombe : le oui l’emporte à 61%.

Les syndicats contestent le résultat du référendum :

Les organisations syndicales opposées aux ouvertures dominicales généralisées se sont immédiatement levées pour contester l’issue du référendum. Elles pointent tout d’abord la non représentativité des résultats. En effet, les salariés se sont prononcés sans se mobiliser, avec 43% de taux de participation. Le oui l’emporte à 61% des votants, mais ces derniers représentent seulement 26% des effectifs. « Les salariés étaient complètement perdus en sortant des réunions de propagande de la direction. Syndicats ou direction, ils ne savaient plus qui croire », dénonce Benoît Murris, responsable syndical central CFTC.

Le délégué syndical FO, Jean-Paul Gathier, prévient l’enseigne : les opposants n’hésiteront pas à recourir à la justice face à ce référendum contesté. « Disproportion des moyens de communication entre les syndicats et la direction, irrégularités sur les listes électorales… nous avons de quoi plaider », indique-t-il. Benoit Murris rejoint cette « menace ». Selon le représentant CFTC, « les juges trancheront. Ils peuvent juger que ce « oui » au référendum permet à Castorama d’ouvrir tous les dimanches en province. A moins que les résultats du référendum soient invalidés… ». La bataille pour la généralisation du travail dominical n’est pas encore terminée chez Castorama.