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Société

Comment l’évolution des modes de vie bat en brèche le monopole du dimanche comme jour de repos unique

Comment l’évolution des modes de vie bat en brèche le monopole du dimanche comme jour de repos unique

L’essence même du dimanche comme jour chômé réside dans son caractère religieux. Remis en cause par les soubresauts de l’histoire, il continue aujourd’hui à susciter diverses passions sociétales. Si l’institutionnalisation du repos dominical lui a permis de résister aux évolutions des modes de vie, il semble faire de moins en moins sens aujourd’hui.

La justification religieuse du travail dominical tend à s’essouffler

En 2017, Jean Yves Boulin et Laurent Lesnard écrivent dans Les batailles du dimanche que “le travail dominical s’inscrit dans l’aire d’influence de la chrétienté”. D’abord protégé et perpétré par l’Église catholique, il est ensuite mis à mal tout au long des périodes les plus marquantes de l’histoire. Dans la seconde moitié du xviii^(ème) siècle, les Lumières critiquent le caractère “oisif” de ce jour. Par anticléricalisme, les révolutionnaires français prônent l’instauration d’un jour de repos autre que le dimanche. Il est supprimé en 1792 au profit du “décadi” avec l’apparition du calendrier révolutionnaire. Par la suite, dans une logique productiviste, il est attaqué par le capitalisme industriel.

Encore récemment, les justifications religieuses essaient de ralentir le développement du travail dominical. Aux Pays-Bas, en 2009, sous l’influence des partis chrétiens de la coalition gouvernementale, des mesures législatives ont été proposées afin d’encadrer davantage le travail dominical. Il est pourtant permis sous certaines conditions depuis 1996 et semble inscrit dans les mœurs. Néanmoins, si la religion a longtemps été considérée comme la meilleure alliée du travail dominical, elle semble aujourd’hui en être sa plus grande faiblesse. En France, en 2018, la part de la population non pratiquante est de 64% contre 27% il y a quarante ans, soit presque deux tiers de la population française. Le dimanche est donc un jour de moins en moins réservé aux pratiques religieuses. Le monopole de la religion sur le dimanche s’essouffle. Ce qui faisait du dimanche un jour spécifique n’est plus. Similaire aux autres jours de la semaine, il peut ainsi devenir un jour de consommation et d’activité.

Une évolution dans la répartition du temps et des modes de consommation

Si les pratiques religieuses ont changé, les modes de consommation aussi. Cette évolution va de pair avec des modifications dans la répartition du temps disponible. En effet, celle-ci a changé la donne concernant le travail du dimanche. À l’ère des travaux agricoles, le travail occupait une grande partie du temps disponible. Le dimanche était alors le seul jour dédié à la vie familiale et sociale ainsi qu’aux loisirs. Mais la réduction du temps de travail quotidienne, puis hebdomadaire, puis annuelle a offert aux salariés des moments de repos plus nombreux. De fait, le dimanche n’est plus le seul jour pour se divertir et profiter des siens. Le traditionnel repas familial du dimanche midi est de moins en moins honoré par les Français qui préfèrent consacrer leur dimanche à des choses qu’ils ne peuvent pas faire la semaine. C’est à dire consommer ou profiter des loisirs. En 2013, dans Histoire, économie et société, Matthieu Brejon de Lavergnée émet le besoin de reconsidérer le dimanche comme jour de repos afin de s’adapter au contexte de notre époque. De plus, l’immédiateté de la consommation suppose d’acheter à n’importe quel moment et rapidement. Pourquoi alors laisser le privilège de la consommation dominicale aux plateformes d’achat en ligne ? En ce sens, l’ouverture dominicale du dimanche est une nécessité économique pour les commerces afin de récupérer de la clientèle.

Puisque la société paraît de moins en moins disposée à entendre le troisième commandement, il devient nécessaire d’adapter voire de changer le discours sur le dimanche. Les évolutions récentes des modes de vie viendront-elles mettre un terme à un débat à la longévité inédite ?

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